Le collectif a envoyé une lettre ouverte au ministre de l'Éducation nationale en réponse à sa lettre aux parents du 12 février 2026.

Monsieur le ministre,

Nous sommes parents et avons reçu votre lettre du 12 février dernier. À sa lecture, nous ne pouvons que vous répondre, tant elle est empreinte d'indécence et de mépris à notre égard, envers nos enfants et envers l’ensemble du personnel de l'Éducation nationale.

Vous avez été, entre 2019 et 2025, directeur général de l'enseignement scolaire et, à ce titre, au premier rang des politiques menées par les différents gouvernements. En 2021, nous écrivions une lettre ouverte à M. Blanquer pour alerter des conditions d'enseignement déplorables. Nous y rappelions que « si l'une des ambitions d’une institution telle que l’Éducation nationale est de rechercher une meilleure mixité sociale et d’améliorer le bien-être de tout⋅e⋅s, élèves et personnels, les moyens humains et financiers doivent être à la mesure de cette ambition ». Nous alertions également sur le fait que « le nombre de personnel encadrant dans les établissements diminue ce qui laisse la place au développement de situations délicates voire dangereuses (violence entre adolescents, cyberharcèlement, décrochage scolaire etc...) ».

Comme unique réponse, monsieur Olivier WAMBECKE, alors Inspecteur d'académie - Directeur académique des services de l'Éducation nationale de la Seine-Maritime, indiquait qu'il n'y avait pas de problème car le « taux d'encadrement global [était] conforme au seuil indicatif ». Cette réponse nous semblait déjà méprisante et déconnectée car M. Wambecke parlait de statistiques, alors que nous parlions d'êtres humains. Et, en réponse, nous lui proposions d'examiner d'autres statistiques - la qualité de vie, la sociabilisation, l'épanouissement et l'émancipation de nos enfants au sein des établissements. Ces propositions sont restées lettres mortes.

Cela n'a pas empêché, depuis, les différents gouvernements successifs de continuer à dégrader méthodiquement l'école et ses conditions d'enseignement. Nous en faisons le constat au quotidien dans les établissements de nos enfants.

Prenons un exemple d'actualité, la dotation horaire globale.

À chaque conseil d'administration de début d'année, nous rédigeons une motion et nous votons contre ou s'abstenons du vote sur la proposition de répartition de la dotation horaire globale tout en rappelant systématiquement que c'est bien la dotation elle-même qui est visée, et non sa répartition.

Pour ne citer que la motion de 2026 d'un lycée public havrais, celle-ci indique que « la dotation horaire globale [...] met en péril les conditions d’enseignement pour les élèves et les personnels de l’établissement ». La motion de 2025 de ce même établissement indiquait déjà que « la dotation horaire globale [...] ne permet[tait] pas de réduire les effectifs par classe et d'assurer un enseignement de qualité pour toutes et tous. ».
Des mobilisations ont eu lieu dans les lycées publics havrais depuis début mars pour demander des moyens à la hauteur des besoins avec une mesure phare : réduire la taille maximum des effectifs par classe. Nous demandons 25 pour les lycées et 20 pour les collèges.

Pourtant, le ministère n'entend rien de nos alertes, de nos avis, de nos besoins. Et aujourd'hui, vous venez nous affirmer sans fard que l'avenir de nos enfants « ne peut se construire si [ils] sont confrontés à la violence ». Or la violence est d'abord et avant tout institutionnelle et vous portez une responsabilité dans les violences commises par ces jeunes, car rien n'est mis en place pour qu'il en soit autrement. Un enfant ne naît pas violent, c’est la société qui peut le rendre tel, et l’institution scolaire porte une part importante de responsabilité.

Nous écrivions, en 2024, dans un manifeste signé par plus de 300 personnes et rédigé en réponse au projet dont vous aviez la charge sur la mise en place des groupes de besoins, et récemment abandonné, les principes suivants :
«
Nous, enseignants, parents et élus du Havre et sa région, voulons une école publique qui respecte les droits de chaque enfant, dans toute leur diversité, vivant dans notre pays.
Nous voulons une école publique qui œuvre à la réduction des inégalités sociales et scolaires.
Nous voulons une école publique qui ne maltraite pas les hommes et les femmes qui désirent passer leur vie à éduquer, instruire, former, soigner, accompagner, émanciper nos enfants.
Nous voulons une école publique qui ne mette pas ses établissements en concurrence et qui ne soit pas en concurrence avec l'école privée.
Nous voulons une école publique qui ne remplace pas les humains par des objets et des services numériques. Il est urgent que ces derniers restent à la place que nous allons leur attribuer.
Nous faisons le constat quotidien que ces principes ne sont pas mis en œuvre par la politique du gouvernement actuel ainsi que celle de ses prédécesseurs et ce depuis de nombreuses années.
».

Ce constat est malheureusement toujours d'actualité et nous exigeons qu'une politique appliquant ces principes soit enfin mise en œuvre.


Article précédent